Une table ronde s’est tenue ce 24 Octobre 2018 au siège de la Chaîne
de solidarité et d’appui aux actions de développement durable (CHASAADD)
à Mfou, avec comme objectif évaluer le processus d’Accès et de
contrôle des ressources foncières par les femmes.
L’accès à la terre demeure une équation à plusieurs inconnues pour
les femmes rurales au Cameroun et ce, en dépit du rôle important qu’elle
joue dans la sécurité et la souveraineté alimentaire. C’est l’essentiel
à retenir de cette conférence qui a réunie 75 femmes leaders venues des
différentes zones agro-écologiques du Cameroun.
Si elles constituent 50.6% de la population et que 52% d’entre elles vivent en zone rurale tel que documenté dans le 3
e
recensement Général de la Population et de l’Habitat publié en 2005 et
qu’elles fournissent environ 90% des denrées nécessaires à la
subsistance de la population (FAO), il est fort regrettable de constater
combien le faible accès à la ressource foncière réduit les capacités de
production des femmes.
L’accès à la terre est indispensable pour produire de la nourriture
et créer des revenus. C’est aussi un atout social et économique
déterminant qui donne accès à l’identité culturelle, au pouvoir
politique et à la prise de décisions ; du moins c’est thèse que portent
fièrement les organisations de femmes membres de la CNOP-CAM.
« Seulement, les préjugés sociaux et les pesanteurs culturelles sont
souvent responsables d’une injustice sociale » note Joël Ngoundé expert
du foncier rural, Panéliste.
Même si le cadre juridique laisse entrevoir un éventail
d’opportunités, « il est important de relever qu’il subsiste une dualité
entre la loi coutumière et le droit positif », mentionne Joseph Azebaze
du Réseau Camerounais des Organisations des Droits de l’Homme (RECODH).
Aussi, il importe d’améliorer le dispositif informationnel et les
structures de capacitation des femmes. Approche que porte la CNOP-CAM
dans sa stratégie d’action.
Pour Elisabeth Atangana, présidente de la Concertation Nationale des
Organisations Paysannes du Cameroun (CNOP-CAM), la table ronde servait
de prétexte pour « renforcer les capacités des femmes rurales en matière
de droit foncier et sur les mécanismes de plaidoyer ». Elle va relever
au passage que « la négociation est la clé de voûte pour un accès des
femmes au foncier. Les réformes sur le plan coutumier doivent certes
s’opérer mais cela ne se fera que si les femmes maitrisent l’art de la
négociation ».
Des échanges, on peut retenir que l’un des freins à l’accès à la
terre est l’arrogance des femmes. « Une fois qu’elles ont le pouvoir
entre les mains, on ne respire plus dans la maison » relève un
participant. « Ce sont des situations qui peuvent arriver et il importe
pour les femmes de savoir quelle place est la leur dans le couple » va
renchérir Elisabeth Atangana.
L’expert Joel Ngoundé pense pour sa part que « l’accès à la terre
passe par l’autonomisation des femmes. Elles doivent développer leur
pouvoir d’achat et ainsi acquérir leur portion de terre » ; ce qui n’a
pas semblé pas être du goût des quelques hommes présents.
Pour son mot de fin, Joseph AZEBAZE estime que « la loi n°76/25 du 14
décembre 1976 portant organisation cadastrale permet de résoudre la
plupart des problèmes que nous rencontrons de nos jours puisqu’elle
permet de délimiter même des parcelles sur lesquelles les populations
ont des droits coutumiers ». Son application effective constitue à coup
sûr une avancée notable dans le processus d’accès à la terre pour les
femmes.
La seconde partie de la journée a été consacrée aux ateliers de
groupe. On parle d’investissement agricole et plaidoyer sur le foncier.
Les participants se recrutent essentiellement parmi les organisations de
femmes et de jeunes des différentes zones agro écologiques du Cameroun.
Il est à noter qu’un document a été élaboré à la fin des travaux pour
servir de base pour le plaidoyer à venir.